La graisse d’une canalisation de cuisine ne s’arrête presque jamais dans le siphon. Quand on démonte celui d’un évier bouché, il est souvent à peu près propre. Le bouchon est deux ou trois mètres plus loin, dans le tuyau horizontal qui file derrière les meubles vers la colonne, là où l’eau de vaisselle a eu le temps de refroidir.
Pourquoi la graisse fige à deux ou trois mètres du siphon
L’huile de friture, le beurre fondu, le jus d’un rôti, la sauce au fond d’une casserole partent liquides avec l’eau chaude. L’évacuation d’un évier fait 40 mm de diamètre, et l’eau n’en occupe que le fond. Elle coule en filet contre une paroi froide, surtout quand le tuyau longe un mur extérieur ou traverse une gaine non chauffée. Au bout de quelques mètres, elle a perdu sa chaleur. La graisse qu’elle transportait se dépose alors en pellicule sur le fond et sur les côtés.
Chaque vaisselle ajoute une couche. Les graisses animales, celles de la viande et du beurre, durcissent franchement à température ambiante. Les huiles végétales restent molles mais collent, et retiennent ce qui passe. Au fil des années, l’intérieur du tuyau ressemble à une bougie percée.
La pente joue beaucoup. Une évacuation doit descendre de 1 à 3 cm par mètre. Quand la cuisine a été déplacée lors d’une rénovation et que le tuyau a été posé presque à plat sur cinq mètres, l’eau ralentit, stagne dans les points bas, et le dépôt se forme bien plus vite. Les coudes à angle droit font le même effet.

Eau froide, lave-vaisselle : ce qui accélère le dépôt
Rincer une poêle grasse à l’eau froide fige la graisse dès le siphon. À l’eau chaude, elle part plus loin, ce qui vaut mieux tant que le tuyau est court et descend franchement vers une colonne de gros diamètre. Sur un tuyau long, l’eau chaude déplace le dépôt d’un mètre.
Le lave-vaisselle vidange dans la même évacuation, par un piquage sur le siphon de l’évier. Son eau est chaude et chargée de graisse dispersée par le détergent. Une fois dans le tuyau, elle refroidit comme l’autre et la graisse se redépose. Les programmes à basse température dissolvent moins bien les graisses, et une assiette mise en machine sans avoir été raclée envoie tout son contenu dans le tuyau. Un lave-vaisselle nourrit le bouchon autant que la vaisselle à la main.
Le liquide vaisselle ne règle rien. Il disperse la graisse dans l’eau le temps du lavage, pas sur six mètres de tuyau froid.
Marc de café, riz, pâtes : ce qui s’incruste dans la graisse
La graisse seule mettrait longtemps à fermer un tuyau. Ce sont les solides qui font le bouchon. Le marc de café ne se dissout pas : c’est un sable fin qui se dépose dans les points bas et s’incruste dans la couche grasse. Le riz et les pâtes gonflent dans l’eau et relâchent de l’amidon, une colle. Les épluchures fines, les coquilles d’œuf broyées, la farine d’un plan de travail rincé à grande eau finissent au même endroit.
À la caméra, cela donne une paroi blanchâtre ou brune, épaisse, piquée de grains noirs, avec un passage réduit à la largeur d’un doigt.
L’idée que le marc de café nettoie les tuyaux circule depuis longtemps. Elle est fausse. Le marc va à la poubelle ou au compost.
Essuyer la poêle, garder un bocal à huile : les gestes qui évitent le bouchon
Ce qui protège le tuyau se passe avant l’évier.
- Essuyez la poêle, le plat à four et la lèchefrite au papier absorbant avant de les laver. Le papier part à la poubelle avec la graisse.
- Versez l’huile de friture refroidie dans un bocal ou une bouteille qui ferme. Une fois plein, le récipient se dépose en déchèterie : la plupart reprennent les huiles alimentaires usagées.
- Raclez les assiettes dans la poubelle avant la vaisselle ou la machine.
- Posez une grille sur la bonde pour retenir le riz, les pâtes et les épluchures, et videz-la dans la poubelle.
- Laissez figer le gras d’un bouillon ou d’un jus de cuisson dans le plat, puis retirez-le à la cuillère.
Rien de tout cela ne prend du temps. Une cuisine où l’on essuie les poêles peut passer des décennies sans bouchon, même avec une évacuation médiocre.
L’évier qui ralentit, puis glougloute : les signes avant le bouchon
Un tuyau gras prévient. L’évier met plus longtemps à se vider quand on retire la bonde d’un bac plein. Un glouglou se fait entendre à la fin, quand l’air repasse par le siphon. Une odeur rance monte de la bonde le matin. Puis l’eau du lave-vaisselle remonte dans l’évier pendant la vidange : le tuyau n’accepte plus le débit de la pompe.
À ce stade, vous pouvez encore agir seul. Démontez le siphon, seau dessous, nettoyez-le, et regardez l’entrée du tuyau au fond du meuble. Si elle est tapissée d’une pâte grise, le reste l’est aussi. La ventouse rétablit parfois l’écoulement pour quelques semaines. Les autres gestes sont dans notre article sur les méthodes pour déboucher un évier. Quant aux produits, lisez notre avis sur les déboucheurs chimiques avant d’en verser un sur de la graisse.
Graisse dans la canalisation : ce que fait un curage, ce que laisse le furet
Sur un évier bouché par la graisse, on commence par le furet électrique, passé depuis le siphon. Sa tête traverse le bouchon et l’eau repart. C’est le débouchage d’évier classique, et il suffit pour un premier bouchon sur un tuyau court.
Sa limite se voit à la caméra. Le furet a percé un trou de la largeur de sa tête dans un manchon de graisse resté collé à la paroi. L’eau passe, le dépôt continue, et le trou se referme en quelques mois.
Le curage enlève le manchon. Un flexible haute pression muni d’une buse avance dans le tuyau. Les jets, dirigés vers l’arrière, décollent la graisse de la paroi et la chassent vers la colonne ou vers le regard. Le tuyau retrouve ses 40 mm. On le contrôle en vidant un bac plein, et à la caméra quand le tuyau est long. C’est le travail décrit sur la page curage de canalisation, et pour les grandes longueurs celui du camion d’hydrocurage.

Dans un immeuble, la graisse de toutes les cuisines se retrouve dans la même colonne et dans le collecteur de la cave. Le curage se fait alors à l’échelle de la colonne, à la demande du syndic.
Restaurants et cuisines collectives : le bac à graisse avant le tuyau
Une cuisine professionnelle envoie en une journée plus de graisse qu’un logement en un mois. Ses évacuations passent par un bac à graisse, une cuve où l’eau ralentit pour que la graisse remonte en surface et que les déchets lourds tombent au fond. Un bac plein ne retient plus rien, et la graisse part dans le réseau. Il se pompe et se rince à intervalles réguliers : c’est le curage de bac à graisse.
Pour une cuisine bouchée maintenant, un technicien arrive en 30 minutes, et le débouchage démarre à 99 € TTC, déplacement inclus. Les autres types de bouchons sont présentés sur la page débouchage de canalisation en Île-de-France.