Des racines dans une canalisation enterrée, cela ressemble à une queue de renard : un chevelu brun, fin comme des cheveux, parfois long de plus d’un mètre, qui a pris la forme exacte du tuyau. On le sort par le regard d’un pavillon dont le WC du rez-de-chaussée se bouche chaque printemps. Le propriétaire a fait passer un furet l’an dernier, et l’année d’avant.
Une racine entre par un joint qui suinte, pas à travers un tuyau sain
Une racine ne perce pas un tuyau. Elle suit l’humidité. Un réseau enterré ancien est fait de tronçons en grès ou en ciment d’un mètre environ, emboîtés les uns dans les autres avec un joint au mortier. Le terrain bouge, le mortier se fend, et le joint laisse passer un peu d’eau et de vapeur dans la terre. Pour une racine, c’est une source permanente, tiède et riche.
Une radicelle de l’épaisseur d’un fil se glisse dans la fente. Dedans, elle trouve de l’eau et de quoi se nourrir, et se ramifie en chevelu. En grossissant, la racine d’origine écarte le joint, puis fend l’emboîture. La fuite augmente, d’autres racines suivent.
Le PVC collé ou à joint caoutchouc résiste bien tant qu’il reste emboîté. Il devient vulnérable quand un tassement du remblai l’a déboîté ou qu’un engin l’a écrasé. Les points faibles sont connus : la jonction entre l’ancien réseau et une extension récente, l’entrée et la sortie des regards maçonnés, la traversée du mur de clôture.

Saules, peupliers, figuiers : les arbres en cause près d’un réseau
Les essences citées le plus souvent sont le saule et le peuplier, deux arbres de bord d’eau dont les racines courent loin et près de la surface, puis le figuier. Ce sont celles qu’il vaut mieux tenir à bonne distance d’un tracé de canalisation.
Mais aucune essence n’est sans risque quand elle pousse sur un tuyau qui fuit. Une haie, un arbuste d’ornement, une glycine le long du mur suffisent si le joint se trouve à leur pied. La taille de l’arbre renseigne mal : c’est la distance entre ses racines et le joint défaillant qui compte, et les racines s’étendent souvent bien au-delà de l’aplomb des branches.
Si vous plantez, repérez d’abord le tracé. Il va en ligne droite ou presque, de la sortie de la maison au regard, puis du regard à la boîte de branchement en limite de propriété.
Bouchon saisonnier, regard qui se remplit lentement : les signes de racines dans la canalisation
Le premier signe est le calendrier. Les racines poussent à la belle saison, et le bouchon revient d’une année sur l’autre à la même période. Entre deux, tout semble normal.
Le deuxième se voit au regard. Soulevez le tampon et faites tirer une chasse dans la maison. Dans un réseau sain, l’eau traverse le regard et disparaît. Avec des racines en aval, elle arrive, monte de quelques centimètres, puis descend lentement, comme à travers un filtre. Le chevelu laisse passer l’eau claire et retient le papier, jusqu’au jour où le papier a tout colmaté.
Regardez aussi les orifices du regard, avec une lampe. Des filaments bruns ou blanchâtres qui dépassent d’un tuyau ne laissent aucun doute. Vous pouvez couper au sécateur ce qui est à portée de main, avec des gants : cela rend un peu de débit pour quelques semaines et ne règle rien en amont.
Autres indices : les appareils du rez-de-chaussée glougloutent quand on vide la baignoire de l’étage, et une bande d’herbe reste plus verte que le reste de la pelouse en été, au-dessus du tracé.
Coupe-racines d’abord, caméra ensuite
On ne passe pas la caméra dans un tuyau plein de racines : elle ne verrait qu’un rideau. Il faut d’abord dégager.
Sur des radicelles fines, le furet électrique suffit, avec une tête à couteaux qui tourne contre la paroi et tranche le chevelu. Sur un paquet dense ou des racines de l’épaisseur d’un doigt, on passe à la haute pression depuis le regard. Les jets sectionnent, décollent et ramènent les débris, qu’on retire à la main pour qu’ils n’aillent pas boucher le branchement plus bas. Ce travail relève du débouchage de canalisation extérieure, avec le camion d’hydrocurage quand la longueur le demande.
Si la maison refoule au moment de l’appel, on rétablit l’écoulement avant tout le reste : c’est un dégorgement, et un technicien arrive en 30 minutes.
Une fois le tuyau dégagé, l’inspection caméra montre ce que les racines cachaient. Le joint par lequel elles entrent, sa distance depuis le regard, l’état de l’emboîture, et s’il y en a un seul ou plusieurs. On reporte cette distance au sol pour marquer l’endroit.

Réparer le joint, sinon la racine repousse
Couper ne tue pas la racine. Elle est taillée, comme une haie, et elle repart du même point dès la saison suivante, souvent plus fournie. Un réseau qu’on se contente de dégager se rebouche d’année en année, de plus en plus tôt.
La réparation consiste à supprimer l’entrée. Quand un ou deux joints sont en cause, on ouvre le sol à l’aplomb, on dépose le tronçon abîmé et on le remplace par du PVC raccordé à l’ancien tuyau par des manchons étanches. La fouille est petite, puisque la caméra a donné l’emplacement.
Quand la caméra montre des racines à chaque joint sur toute la longueur, le réseau entier est à reprendre. Deux voies existent : la tranchée et la pose d’un tuyau neuf, ou le chemisage, une gaine durcie à l’intérieur de l’ancien tuyau, posée sans ouvrir le terrain par des entreprises spécialisées. Le choix dépend de l’état du tuyau, de sa pente et de ce qu’il y a au-dessus, allée, terrasse ou massif.
Les produits vendus pour détruire les racines dans les tuyaux, on les déconseille. Ils brûlent ce qu’ils touchent sur le fond du tuyau, laissent l’entrée ouverte, et finissent dans le sol ou dans l’égout.

L’arbre est au voisin ou à la commune : ce qu’on peut faire
Chez vous, la décision vous appartient : réparer le tuyau suffit dans la plupart des cas, et l’arbre reste.
Si l’arbre est chez le voisin, le Code civil vous permet de couper vous-même, à la limite de propriété, les racines qui avancent sur votre terrain. Le propriétaire de l’arbre peut avoir à répondre des dégâts qu’elles causent. En pratique, allez le voir avec le rapport de la caméra avant toute lettre recommandée, puis parlez-en à votre assureur. Les garanties qui peuvent jouer sont décrites dans notre article sur la canalisation bouchée et l’assurance habitation.
Si c’est un arbre d’alignement sur le trottoir, écrivez à la mairie en joignant les images et la distance relevée. Ne coupez rien sous le domaine public. La partie du branchement située sous la voirie relève du gestionnaire du réseau d’assainissement, et c’est à lui de traiter ce qui s’y trouve.
Pour tout autre bouchon sur un réseau de pavillon, la page débouchage de canalisation en Île-de-France présente nos interventions, à partir de 99 € TTC, déplacement inclus.